L’essor numérique de l’Afrique a un revers: il attire les cybercriminels. Dans un rapport publié le 3 août 2026, INTERPOL estime à au moins 5 milliards de dollars les dommages économiques directs causés par la cybercriminalité sur le continent en 2025. Le document, fondé sur une enquête menée dans 36 pays africains, dresse le tableau d’une menace qui s’aggrave vite, se sophistique grâce à l’intelligence artificielle, et n’épargne pas le Sénégal, classé quatrième pays le plus touché par les vulnérabilités détectées. Voici ce qu’il faut en retenir, et ce que cela implique pour les entreprises sénégalaises.
Une menace qui explose
Les chiffres décrivent une accélération brutale. Selon INTERPOL, les pertes financières déclarées liées aux cyberattaques sont passées de 192 millions de dollars en 2024 à 484 millions en 2025, soit une hausse de 152% en un an. Sur la même période, le nombre de victimes identifiées est passé de 35 000 à 87 000. Dans les pays d’Afrique de l’Ouest et australe étudiés, la cybercriminalité représente désormais plus de 30% des infractions enregistrées, une part en progression.
Cette flambée accompagne l’expansion de l’économie numérique africaine, qui compte plus de 1,1 milliard d’abonnements mobiles et a enregistré plus de 1 100 milliards de dollars de transactions numériques en 2025. Autrement dit, plus l’Afrique se numérise, plus sa surface d’exposition grandit.
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Escroqueries, vol d’identité et intelligence artificielle
Le rapport identifie clairement les modes opératoires dominants. Les escroqueries en ligne restent la forme la plus répandue de cybercriminalité, et servent souvent de porte d’entrée vers des attaques plus complexes: usurpation d’identité et fraude financière. Une fois des identifiants compromis, les criminels accèdent à des comptes bancaires, à des portefeuilles numériques ou à des services publics en ligne. INTERPOL souligne d’ailleurs que les violations de données de 2025 ont formé le socle sur lequel se sont appuyées la plupart des grandes formes de cybercriminalité.
Deux tendances méritent l’attention. D’abord, la fraude au faux ordre de virement, qui détourne des échanges professionnels pour obtenir des paiements frauduleux, représente à elle seule 21% des attaques liées à une compromission d’identité. Ensuite, les menaces alimentées par l’intelligence artificielle gagnent du terrain: deepfakes et contenus synthétiques servent désormais à la manipulation, à la sextorsion et au harcèlement.
Des défenses qui ne suivent pas le rythme
Le rapport pointe une faiblesse structurelle. Malgré des dépenses estimées à 15,3 milliards de dollars consacrées à la cybersécurité en Afrique en 2025, les capacités de défense ne progressent pas aussi vite que les menaces. De nombreux pays restent confrontés à des infrastructures insuffisantes, à des cadres réglementaires hétérogènes et à un faible niveau de sensibilisation. La Shadowserver Foundation a par ailleurs identifié plus de 6 000 vulnérabilités exploitables sur le continent en 2025.
C’est sur ce dernier point que le Sénégal apparaît nommément. Le pays se classe au quatrième rang africain pour la part des vulnérabilités détectées, avec 4,6%, derrière l’Afrique du Sud, le Kenya et le Nigeria, qui comptent aussi parmi les nations les plus connectées du continent.
Notre lecture : ce que cela change pour les entreprises sénégalaises
Ce rapport n’est pas une actualité lointaine: il nomme le Sénégal parmi les pays les plus exposés du continent. Cette place, corrélée à un fort taux de connexion et à l’essor du mobile money, signifie une chose simple pour les dirigeants: la question n’est plus de savoir si votre entreprise sera visée, mais quand, et si vous serez prêt.
Plusieurs enseignements ressortent, et ils rejoignent ce que nous constatons sur le terrain. D’abord, la menace vise l’humain avant la technique. Escroqueries, vol d’identifiants, faux ordres de virement: ces attaques exploitent la confiance et l’inattention des collaborateurs, pas des failles logicielles exotiques. La sensibilisation et la formation, notamment à la détection du phishing, sont donc la première ligne de défense, pas un supplément. Ensuite, la donnée est le carburant des attaques. Une fuite de données n’est pas un incident isolé, mais le point de départ de fraudes en cascade, ce qui rend la protection des données et la conformité d’autant plus stratégiques. Enfin, l’intelligence artificielle change l’échelle. Deepfakes et contenus synthétiques rendent les manipulations plus crédibles, ce qui impose de renforcer les procédures de vérification, en particulier pour les paiements.
La leçon de fond du rapport est que les dépenses seules ne suffisent pas: ce qui compte, c’est une défense structurée. Sensibiliser les équipes, protéger et sauvegarder les données, corriger ses vulnérabilités en continu, et disposer d’un plan de réponse aux incidents valent mieux que des outils empilés sans stratégie.
Chez Gael Conseil, nous aidons les entreprises sénégalaises à transformer ce constat en action: sensibilisation et formation des équipes, audit et gestion des vulnérabilités, protection des données et sauvegardes testées, et préparation à la réponse aux incidents. Face à une menace qui progresse plus vite que les défenses, l’avantage revient à ceux qui anticipent.
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