Et si le vrai enjeu du numérique africain n’était pas seulement de se protéger, mais de reprendre la main sur ses données et sur la façon dont le continent est représenté ? C’est le message porté à Dakar par le professeur Abdoullah Cissé, spécialiste du cyberdroit, lors de la conférence inaugurale de la 5ᵉ Rentrée numérique de GAINDE 2000, consacrée cette année au numérique au cœur des dynamiques géostratégiques. Un débat de haut niveau, dont ressort une phrase qui devrait parler à tout dirigeant: la cybersécurité ne crée pas de la valeur, elle protège la valeur.
Le numérique comme « espace de puissance »
Pour Abdoullah Cissé, le numérique est devenu un nouvel espace de puissance, et l’Afrique doit y repenser son positionnement dans ce qu’il appelle la géographie mondiale des données, des savoirs et des représentations. Il en tire un constat sans détour: le continent ne représenterait qu’environ 0,6 % de la capacité mondiale de données. Une dépendance qu’il invite à dépasser en passant d’une Afrique utilisatrice à une Afrique configuratrice, c’est-à-dire capable de produire et de maîtriser ses propres données et infrastructures.
Sa définition de la souveraineté numérique mérite d’être retenue, car elle évite deux écueils. Elle n’est pas, dit-il, une autarcie technologique, mais le fait de choisir ses interdépendances. Autrement dit, il ne s’agit pas de se couper du monde, mais de ne plus subir ses dépendances et de les décider. Il plaide au passage contre la dispersion des capacités africaines, appelant à relier recherche, investissement, diasporas et écosystèmes locaux pour en faire une force.
« La cybersécurité protège la valeur »
C’est le directeur général du Chiffre et de la Sécurité des Systèmes d’information, le colonel Aly Mime, qui a livré la formule la plus parlante pour les entreprises: la cybersécurité ne crée pas de la valeur, mais elle protège la valeur. Il l’a illustrée en évoquant les cyberattaques visant des infrastructures publiques stratégiques, comme les administrations chargées de l’état civil, de la fiscalité et de la comptabilité publique.
Autour de ces interventions, les deux journées de la Rentrée numérique réunissent chercheurs, startups, décideurs publics et acteurs privés autour de trois problématiques concrètes: limiter les dépenses technologiques, répondre aux risques de cybersécurité et de désinformation, et protéger et valoriser les ressources numériques africaines. L’articulation entre intelligence artificielle, croissance des entreprises et prévention de la guerre économique figure aussi au programme.
Notre lecture : la souveraineté et la sécurité, deux faces d’une même exigence
Ce débat peut sembler abstrait, réservé aux États et aux universitaires. Il ne l’est pas. Traduit à l’échelle d’une entreprise, il porte des enseignements très concrets.
D’abord, la formule du colonel Mime résume un basculement de mentalité utile. Trop souvent, la cybersécurité est perçue comme un centre de coûts. La voir comme ce qui protège la valeur déjà créée, vos données, vos clients, votre continuité, votre réputation, change la façon d’arbitrer. On n’investit pas dans la sécurité pour dépenser, mais pour ne pas perdre ce que l’on a bâti. C’est une grille de lecture que nous partageons entièrement.
Ensuite, l’idée de « choisir ses interdépendances » plutôt que de les subir vaut aussi pour une entreprise. Une organisation qui héberge toutes ses données chez un acteur lointain, sans maîtrise ni réversibilité, subit sa dépendance. Une organisation qui décide où sont ses données, qui y accède, et comment elle pourrait en reprendre le contrôle, choisit ses interdépendances. C’est très exactement ce que recouvrent, au niveau de l’entreprise, la question de la localisation des données, la clause de réversibilité d’un contrat, et la gouvernance des accès. La souveraineté numérique n’est donc pas qu’une affaire d’État: c’est une discipline qui commence dans chaque entreprise.
Enfin, ce cadrage rejoint une actualité très concrète au Sénégal. La nouvelle loi n° 25/2026 sur les infrastructures critiques consacre justement le principe de conservation des données sensibles sur le territoire national et s’appuie sur les infrastructures nationales d’hébergement. Le discours sur la souveraineté se traduit donc déjà en obligations pour les organisations concernées. Pour un dirigeant, s’y préparer, c’est anticiper à la fois une exigence de conformité et un choix stratégique.
Chez Gael Conseil, nous aidons les entreprises sénégalaises à faire de ces principes des décisions concrètes: protéger la valeur qu’elles ont créée par une cybersécurité adaptée, maîtriser la localisation et la gouvernance de leurs données, et choisir leurs dépendances technologiques plutôt que de les subir. La souveraineté numérique se construit une entreprise à la fois.
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